L’adaptation est la clef de tous les problèmes, enfin elle devrait l’être, lorsque vous souffrez d’un handicap physique qui vous cloue dans un certain avachissement, dans une paralysie sociale qui ne peut que vous mettre en retrait de la société. Je parle de handicap physique car celui-ci est mon domaine, loin de moi l’idée de prétendre qu’il n’y a que ce handicap-là qui vaille la peine d’en discuter. En effet, je suis ce que l’on pourrait appeler, un professionnel du handicap physique, l’ai-je examiné sous toutes ses coutures, lui ainsi que ses conséquences, et cela, dès mon premier souffle, conscient que ce handicap et son cortège de contraintes m’accompagneront jusqu’au dernier souffle. J’ai tout de suite compris que le handicap n’est - mise à part les douleurs physiques - qu’une définition de cette différence qui me sépare des valides et qui me contraint à vivre différemment, à mener un vie davantage minimalisme que celle de mes contemporains. Mais le problème ne s’arrêtant pas là, car pour survivre dans cette jungle urbaine, même de façon minimalisme, il faut encore fournir quelques efforts. Le maître mot est l’adaptation, celui qui résout toutes les différences, celui qui comme une baguette magique vient vous prendre par la main, pour vous faire entrer dans ce monde magique qu’est celui du valide.
Mais l’adaptation peut se décliner de diverses façons, et pour que la personne handicapée puisse bénéficier de plus de liberté, parfois ce n’est pas à elle qui incombe de s’adapter, mais bien au valide qui se trouve en face. Heureux de constater pour ma part, que le monde du valide, n’est pas aussi hostile qu’on pourrait le prétendre, car celui-ci est souvent enthousiaste devant l’aide qu’il peut fournir à la personne handicapée. Et pour la personne handicapée, il n’y a rien de tel que de se sentir considéré pour avoir envie d’évoluer dans ce monde qui ne lui est pas adapté. C’en est déjà suffisant d’être confronté à une marche qui stoppe votre parcours, lorsque vous êtes en fauteuil roulant, ou d’avoir dans les magasins des étagères qui sont soit trop hautes ou trop basses. C’est pour cela, qu’il faut avouer qu’il est agréable de recevoir de l’aide d’autrui, lorsque vous lui demandez, et qu’il vous donne cet aide comme la chose la plus naturelle au monde. Cela nous amène à nous qui sommes amoindris par la différence, à un sentiment de valeur qui ne pourra que rehausser l’image que nous avons de nous même, et qui habituellement a tendance à tirer vers le négatif. Dans ce cas précis, ce n’est pas nous qui faisons l’effort d’adaptation, mais plutôt la personne valide qui vous considérera, et je suis persuadé que de son côté, elle en ressortira satisfaite.
Pour ma part, c’est ce genre de petits détails, ces attentions qui ne coûtent pas un sou, qui me pousseront à avancer dans ma vie, et qui me donneront du réconfort. Ils me prouveront que le valide aussi pense qu’il est nécessaire de mélanger le monde du handicap au sien, parce qu’il est indéniable que même si nous avons des statuts différents, de toutes natures qu’elles soient, nous sommes tous des condamnés à mort, pris en otage sur cette même et unique planète !