Hier matin, je me suis levé aux aurores, non pas pour aller en vacances, ni pour me rendre au travail, mais pour aller me faire piquer chez mon docteur. Ca y est, c’est l’heure de faire ce vaccin tant attendu, me suis-je dit, alors que la grippe est désormais à nos portes, et que, paraît-il, elle menace directement nos vies. Elle menace tout particulièrement ma vie, me dirait mon médecin, lui qui tremble toujours de me voir atteint par celle qui pour moi serait comparable à la grande faucheuse, la pneumonie. C’est vrai que moi aussi, j’ai chaque hiver cette crainte qui m’envahit d'attraper une mauvaise grippe qui finirait par m’être fatale. Car, avec mes poumons atrophiés et mon souffle court, la grippe peut s’avérer la pire de mes ennemies.
Mais j’avoue que ce matin, après m’être réveiller, tout en me rasant, puis en déjeunant et en prenant ma douche, j’avais un peu le sentiment de me préparer pour une expérience hors du commun, comme si je partais sur la lune, ou vers une destination inconnue. Le sentiment était presque le même que celui que j’avais eu lorsque je me m’étais levé le jour de mon départ pour New York, mais en négatif, car ce jour-là, bien qu’il était étrange - allais-je matérialiser un rêve que j’avais entretenu pendant presque vingt ans - il ne pouvait être que positif.
Ce matin, j’aurais bien aimé que l’on me dise que les plans avaient changé et qu’au lieu d’aller me faire piquer, je partais pour une semaine de vacances à New York. Mais malgré mes fantasme et mes espérances, c’était bien la piqûre qui m’attendait, cette piqûre tellement controversée, sur ses bienfaits et ses dangers, que je finissais par moi-même me poser des questions, en n’étant plus vraiment certain de faire ce qui était le mieux pour moi. J’avais un peu le sentiment de partir me faire piquer comme un chien trop vieux, que les propriétaires ne désireraient plus avoir sur le dos. Pire encore, j’avais le sentiment d’être un cobaye, faisant partie de ces peu de gens à risque, à qui l’on administrait le vaccin avant les autres, comme s’il fallait tester le vaccin sur une partie de la population avant de prendre le risque de l’administrer au reste de la population. J’ai fait part de mes craintes à mon docteur, qui m’a expliquer qu’il existe un infime risque, mais que personnellement, je risque plus si j’en viens à attraper cette saloperie de grippe.
Sans avoir vraiment le choix, endoctriner par une pensée collective et certainement politique, guidé comme sur des rails par le milieu médical, je suis aller me faire piqué avec un certain fatalisme, avec cette pensée mitigée qui me disais d’y aller, et la minute d’après le contraire, avec ce sentiment que l’on a lorsque l’on va faire quelque chose, malgré son scepticisme, un scepticisme qui je l’espérais ne serait pas une intuition. Et c’est là que je me suis dis qu’il était facile d’endoctriner une partie entière de la population, et cela à des fins plus cruelles. Peut-être même que Hitler s’il avait vécu à notre époque, en serait passé par ce moyen, pour mettre en oeuvre son plan machiavélique.
Lorsqu’il était trop tard pour faire demi-tour, et que la substance s’emparait déjà de mon corps, le médecin m’a tendu une sorte d’attestation, avec un explicatif de deux pages. J’en ai conclu que l’attestation serait une preuve qu’il a bien fait son boulot et qui le laverait de tout soupçon si la grippe devait tout de même avoir ma peau. Sur la feuille explicative, je n’ai pas trouvé de vraie réponse à ma question à savoir si le vaccin pouvait avoir des effets secondaires. Juste une phrase qui disait que l’on avait pas assez de recul pour tirer des affirmations. Bref, l’avenir s’en chargera !