Etre handicapé physique est un travail à plein temps, surtout lorsque l'on est confronté au regard incessant des autres. Ce regard de l'autre qui n'est autre qu'un miroir vous rappelant de quel handicap vous êtes atteint. Si je désire oublier ne ce serait-ce qu’un instant mon handicap, lorsque je suis en publique, c'est peine perdue, parce qu'il y aura toujours un regard qui me remettra dans ma réalité. Agressé par mon image, la personne en face de moi m'agressera de son regard, comme pour me faire payer cette émotion négative que je viens de provoquer en lui.
Partagé entre la culpabilité et l'envie de fuir, j'ai souvent envie de m'excuser d'être ce que je suis. La honte s'empare de moi et je me sens moins qu'un être humain, quelque chose sans intérêt, une personne qui serait présente uniquement pour le décor, pour le contraste, afin que la personne valide prenne conscience de la chance qu'elle a. A propos de chance, ces gens-là prétendent que je n'en ai pas, qu'une vie avec mon handicap ne vaut pas la peine d'être vécue, à cause de toutes les restrictions qu'elle impose, que dans ma peau, on doit toujours se sentir puni par la vie, une punition imposée par quelque chose ou quelqu'un que l'on ignore. C'est vrai que l'idée de la punition est omniprésente, comme une question sans réponse. Et même si l'on ne connaît pas la cause de cette punition, on préfère quand même considérer ce handicap comme tel, car cela lui donne une raison d'être, soulageant bon nombre de consciences.
Personnellement je n'ai pas besoin d'explications en ce qui concerne mon handicap, il est là et c'est ainsi, je suis handicapé comme d'autres peuvent être roux ou obèses, et je sais qu'il peut même arriver que je supporte mieux mon handicap que certains supporteront un détail plus anodin de leur physique. L'enfer c'est souvent les autres qui vous l'apportent, et c'est peu de le dire, car la capacité de vivre avec mon handicap en finissant par totalement l'oublier est à ma portée, mais pour cela, il ne faut pas être constamment soumis aux regards et aux jugements de l’autre !