Paradoxalement, j'ai besoin de l'autre, mais j'ai aussi besoin de mon indépendance, j'ai besoin de ne pas dépendre psychologiquement de quelqu'un, cette dépendance m'enlèverait toute liberté de mouvement, et tout ce dont j'ai acquis jusqu'à ce jour en ce qui concerne mon indépendance physique.
Je ne vous dirai pas son nom, mais elle existe réellement, elle est entrée dans ma vie sans que je m'en rende compte, elle est entrée dans mon coeur par la grande porte, et de cela j'en avais pleinement conscience. Mais je me suis laissé prendre au jeu, j'ai voulu tomber dans son piège, j'ai voulu à nouveau goûter à l'amour même si celui-ci n'est pas réciproque, j'ai accepté de prendre le risque de souffrir, bien que je ne me rappelais plus l'intensité que peut provoquer cette souffrance-là. A cette époque, j'avais certainement besoin de pimenter un peu ma vie. Je me suis aussi laisser croire, que la vie pouvait une fois me récompenser de n'avoir jamais été aimé. J'ai plongé dans ce bain d'illusion qu'est le monde de l'amour pour la personne handicapée, dans ce monde fait pour le valide ou pour la personne plus sûr d'elle, celle qui croit tellement à ce bonheur-là, qu'il finit par venir à elle. J'ai pensé que dans ma tête moi aussi j'étais prêt, que j'y croyais suffisamment pour que l'amour vienne à moi. J'ai pensé que comme tous ceux qui sont handicapés et qui vivent à deux, moi aussi j'allais prouver à tout le monde que le handicap n'est pas un obstacle dans le domaine de l'amour.
Mais bien naïve est le croyance qui consiste à ce que l'on soit récompensé par tant d'années de privation. Le monde n'a pas de justice, et la justice est réservée aux chanceux. Je vivais dans un comte de fées, et je me suis réveillé dans une réalité étroite, toujours la même, celle que l'on ne peut changer. J'ai pris conscience que l'être humain est égoïste, même dans le domaine de l'amour. Et je me suis rendu compte que malgré les sentiment que l'on peut avoir pour autrui, on se retrouve souvent seul, car nous avons tous notre histoire personnelle qui fait que nous n'attendons pas forcément tous la même chose de l'autre. C'est pour cette raison que je me sens bien seul face à mes sentiments, d'une solitude qui me pousserait à n'aimer que mon indépendance !