Parfois dans ma mélancolie, celle qui m'accompagne durant mes jours de solitude et de doute, je me projette vers cette fin que tout un chacun ne pourra éviter, mais que tout le monde essaie d'ignorer. Pour qu'une vie soit inoubliable aux yeux de notre société actuelle, si cette vie n'a rien eu d'exceptionnelle, si vous n'y avez rien accompli d'original, l'évènement qui y mettra fin, devra être spectaculaire, comme si les gens devaient savoir que vous êtes mort, pour ne pas oublier que vous avez vécu.
Non je n'ai en ce moment aucune idée suicidaire, je suis au contraire plus attaché à la vie que jamais. Et je voudrais faire du concret de ma vie, afin que les gens s'émeuvent de me voir accomplir de grandes choses, plutôt que de les voir s'émouvoir que je puisse avoir envie de vivre avec un tel handicap, comme si eux n'y arriveraient pas, comme si pour eux un tel handicap était insurmontable au point, qu'ils ne trouveraient pas l'envie d'avancer dans leur existence. Comme si d'avoir mon handicap, serait pour eux comparable à la fin du monde.
Je suis un peu fatiguer de toujours constater que pour mes semblables valides, de surmonter mon handicap est la chose la plus magnifique que j'ai pu faire dans ma vie. Pour moi, le handicap n'est qu'un détail avec lequel je dois conjuguer si j'ai envie de mener ma vie le plus normalement possible. Car paradoxalement plus normale sera ma vie, et plus facile ce sera pour moi d'oublier mon handicap.
Pour en revenir au titre de ma note, je pourrais alors me dire que je ne voudrais pas que lorsque je mourrai, on ne se souvienne de moi uniquement parce que j'ai pu assumer mon handicap avec une certaine sérénité et un certain courage. Alors, si je voudrais pouvoir accomplir quelque chose qui m'aiderait à rester dans la mémoire des gens, du moins ceux de ma génération voire de mon entourage, il ne me resterait qu'un seul recours pour ne pas tomber dans l'oubli, celui de me préparer une fin spectaculaire.
Mais à bien y réfléchir, je ne suis pas vraiment sûr de vouloir laisser une trace de moi sur cette Terre. Mon existence, vécue dans un total anonymat me satisfait pleinement. L'essentiel est d'être heureux de l'image que je laisserai aux autres, et que chaque jour soit vécu comme s'il devait être le dernier. Le jour de ma mort, je ne veux pas avoir le sentiment d'avoir raté ma vie, je veux être fier de ce que j'ai vécu, et lors de mon dernier souffle, n'avoir aucun regret sur ce que j'aurais fait ou non dans ma vie !