J’avais oublié cette sensation d’être vivant en tant qu’être à part entière, cette sensation que l’on ressent lorsque l’on peut à nouveau se fondre dans la foule, croiser avec son propre regard le regard de ces inconnus qui par ce simple geste, vous confirme votre appartenance à la société, que vous soyez handicapés ou non. Bien qu’être handicapé physique est un fait, il en est pas moins un état d’esprit, et je suis aussi conscient que lorsque vous êtes bien dans votre peau, les gens vous le rendent par leur façon d’être avec vous.
J’avais oublié comme il est bon de retrouver sa place dans la société, j’avais oublié comme cette voiture que j’étais prêt à abandonner il y a quelques jours, est devenue indispensable à ma vie sociale. C’est ce dernier constat, je crois qui me rend le plus triste, car avec cette voiture je me suis créé une dépendance et que ma place dans la société dépend directement de celle-ci, naviguant au rythme de ses pannes. Mais je ne vais pas m’étendre davantage sur cette voiture qui a alimenté déjà beaucoup de billets dans ce blogue.
Aujourd’hui j’ai envie de me dire que j’ai de la chance, que malgré mon handicap je garde la force d’affronter le monde des valides, chose qui n’est pas toujours évidente, mais lorsque vous réussissez à aller au-delà de ce physique peu commun qui attire inévitablement les regards, vous ressentirez une satisfaction peu commune, une satisfaction qu’aucun autre valide ne pourra connaître. Pour se faire accepter il faut aller au devant des autres, en leur dévoilant le côté positif de votre personne, en les aidant à oublier votre handicap, à regarder plus loin que l’apparence, et vous verrez que les gens pour leur majorité, sont foncièrement bons, qu’ils n’attendent que cela pour dédramatiser le handicap, qu’ils sont heureux de constater que d’être handicapé physique n’est pas forcément un drame.
Hier, alors que ma voiture m’a enfin donné l’occasion de retrouver le monde - celui que j’avais effacé de mon quotidien par la force des choses, avec fatalisme, pour ne souffrir le moins possible - j’ai pris conscience que ce monde inconnu était vital à mon quotidien, presque plus vital que les gens faisant partie de ma vie intime, que mes amis et ma famille. J’ai pris conscience qu’il est bon de se savoir exister parmi la foule inconnue, que cette foule vous prenne en considération et qu’elle vous inclue dans son mouvement, j’ai pris conscience qu’il est bon de faire tout simplement partie d’un monde. Je suis allé faire mes courses au centre commercial, les gens était avenants avec moi, m’aidant lorsque je ne pouvais pas atteindre un rayon, me souriant, m’enlevant cette impression que parfois je ressens, d’être un extra-terrestre dans un monde qui ne me ressemble pas. Le monde me paraissait beau et simple, comme je l’avais si souvent rêvé, un monde où je me sentais enfin accepté. Je déguste alors cette petit pause, au milieu de cette vie de personne handicapée qui parfois m’étourdit, et je me dis qui rien que pour ces moments là, il est utile de se battre et de s’investir dans ce monde de valide, même si ce n’est pas facile !
De passage sur votre blog.
Florentine.
Rédigé par: Florentine | 31 octobre 2009 à 08:27