Lorsque les choses devraient en toute logique se simplifier, elles ont toujours tendance à se compliquer fâcheusement. C’est le constat que je fais régulièrement depuis que ma voiture m’a donné une certaine indépendance, depuis qu’elle a élargi mon horizon, mon champs d’action. Alors que pendant des années je rêvais de cet instant où la voiture me donnerait toute l’aisance et le pouvoir sur ma vie, et cela afin de retrouver des gens que j’avais perdu de vue, qui habitaient trop loin pour les rencontrer au détour d’une rue de mon village, alors j’espérais avec ce moyen de locomotion pouvoir rattraper les erreurs du passé, et enfin ne plus être victime de mon immobilisme qu’il faut bien l’avouer m’a bien souvent mis en échec lors de ces instants cruciaux de ma vie sentimentale. Car sans mobilité j’avais peu de chance de suivre celle que j’aimais, ou de la retrouver, lorsqu’elle disparaissait de mon champs d’action restreint s’arrêtant aux frontières de ce petit village d’à peine 2’500 âmes.
Elle s’appelait Aline (prénom fictif), elle avait mon âge, nous avions tout juste vingt-trois ans. J’allais la voir presque tous les jours, au restaurant où elle exerçait son métier de serveuse. En ce temps-là mes seules connaissances féminines étaient des serveuses de ce café-là, seul endroit où je pouvais espérer voir du monde dans le petit village. Amoureux, je l’avais été plusieurs fois, et le sentiment n’avais jamais été réciproque, je finissait par le réaliser tôt ou tard, ou très tard, lorsque l’amour finissait par me délivrer de cette dépendance. A la longue, je m’en remettais, et j’oubliais, avec le soulagement que les choses se soient déroulés ainsi. Mais pour Aline, c’était différent, j’avais senti une réciprocité dans ce sentiment d’amour, j’avais senti que la belle n’était pas indifférente à mon endroit. Plusieurs fois elle avait cherché la confrontation, elle avait créé le moment idéal me permettant de lui faire ma déclaration, et de mon côté, malgré ma volonté de lui crier des mots d’amour, je n’avais jamais osé lui avouer mon sentiment. Lors de son dernier jour de travail, sachant que si je la laissais partir, je ne la reverrais probablement plus, je m’étais promis de tout lui avouer. De son côté, elle m’avait demandé de rester un moment après la fermeture pour pouvoir lui dire au revoir, me donnant là, l’occasion de lui parler franchement et calmement, comme j’aurais dû le faire si j’avais été courageux. Mais au contraire, je lui avais dis au revoir en la laissant partir. J’avais lu dans ses yeux une certaine déception, ce qui n’avait pas suffi à lui avouer mon amour.
Aujourd’hui, je sais où la retrouver, sa soeur tient un restaurant à une quarantaine de kilomètres. Avec ma voiture, ce serait simple d’aller y prendre un café, et de prendre des nouvelles de la belle Aline. Mais le temps à fait son oeuvre, et mon sentiment s’est transformer en rêve qui ne m’a inspiré que du regret. Je suis passé plusieurs fois devant le restaurant, sans oser m’arrêter. Pour peut-être ne pas réveiller le passé, et ne pas passer pour un pauvre mec qui n’a d’autre solution que de se rattacher au passé pour être heureux. Je prends alors conscience, que la simplicité n’existe pas dans ce bas monde !
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