Le compte à rebours s’égraine sans s’interrompre, et je suis à peu de jour de toucher à mon but, de concrétiser ce qui a été un rêve durant des décennies et qui devient aujourd’hui un projet. Un projet que j’ai inscrit sur mon agenda, comme un rendez-vous chez le médecin ou à une soirée quelconque. Un rendez-vous qui aujourd’hui se noie dans la banalité de mon agenda, comme s’il n’était pas différent des autres. Mon rendez-vous est cette Grande Pomme que je m’apprête de mordre à pleines dents. Mon rendez-vous semble aujourd’hui étrange, le rêve se transformant en réalité, ressemble à un obstacle que je ne peux éviter, dois-je l’affronter sans aucune possibilité de revenir en arrière. Mais même si j’en avais la possibilité, je ne crois pas que je reviendrais en arrière, même si le rêve qui sera bientôt réalité m’angoisse quelque peu, parce que je crains que la réalité ne soit pas à la hauteur du rêve, que le rêve une fois vécu, enlève tout sens à ma vie, n’ayant plus grand chose d’autre à rêver pour la poursuivre. Bien que je sache qu’il fera place à un autre rêve, pour commencer, il m’emplira de cette fierté que l’on ressent lorsqu’on a le sentiment d’être allé au but, d’avoir tout fait pour réussir sa vie.
Mais malgré la positivité du moment, l’angoisse persévère dans sa lente progression, dans son unique désire d’envahir ma personne, pour me paralyser, pour m’empêcher de m'enthousiasmer librement devant ce rêve qui se réaliser sous mes yeux. Je fais partie de ces gens qui ont été éduqué dans l’idée que le fait de réaliser ses rêves en y prenant un plaisir égoïste ne peut être que mal. Mieux encore, d’avoir autant de plaisir, à me faire plaisir, de cette jouissance psychologique et égoïste, je serai puni à plus ou moins long terme, si ce n’est au moment même de concrétiser ce rêve. J’ai peur d’un retournement de manivelle, d’un de ces fatals coups du destin qui vous remettent à votre place en vous rappelant que la vie n’est pas une partie de plaisir, que le paradis et le bonheur n’existent que dans la tête des naïfs. J’ai peur de ne pas être à la hauteur de mes ambitions, qu’une fois de plus je me loupe comme un débutant, et que l’on vienne me faire la morale, en essayant de me convaincre, que j’en demande trop pour la petite personne que je suis.
Positif, il faut que je reste positif et que j’aie confiance en mon destin, en ma bonne étoile et à l’accompagnatrice qui partagera ce voyage avec moi. Je ne dois plus penser à toutes ces menaces qui planent sur mon rêve, qui le menacent et qui le rendent encore si fragile à quelques jours de sa concrétisation. Je ne dois pas penser à la peur de l’accident d’avion, à la peur de l’accident sur place, à ce petit corps si fragile qu’est le mien, et qui sera exposé à tant de dangers. Je ne dois pas penser à cette grippe qui fait peur à tout le monde, qui crée la psychose, comme si l’être humain devait se sentir menacer pour mieux apprécier la vie. Je dois rester calme, penser que le bonheur est là au creux de ma main et qu’il éclora le jour ou mon rêve prendra des allures de réalité. L’excitation est à son comble, car malgré mes nombreuses questions et cette angoisse qui parfois me submerge, comme un enfant j’ai hâte d’être au jour de mon départ, avec ce sentiment que la semaine à venir, sera la plus longue de ma vie !