La nuit dernière, j’avais rêvé à cette femme idéale, celle qui rassemblerait toutes les qualités autant physiques, mais surtout spirituelles pour que mon coeur puisse s’abandonner à une passion sans limite pour elle. Physiquement, elle ressemblait à un savant mélange de toutes les filles qui depuis mon adolescence ont fait battre mon coeur. Elle était noiraude, c’était inévitable, une tête un peu ronde, un visage doux, une tendresse non pas de jeune fille, mais d’une femme de mon âge. Elle avait l’expérience du vécu, ça se devinait, ça se lisait dans ses yeux, sa vie était un livre ouvert. Avec moi, elle démarrait une seconde vie, plus réfléchie, nourrit des échecs et des réussites du passé. Moi aussi, je me nourrissais de mon passé qui sur le plan amoureux avait été plus négatif que positif. Alors, contrairement à la femme idéale du rêve, je ne démarrais pas une seconde vie, mais je démarrais ma première vie amoureuse, achevant cette vie d’avant qui n’avait été peuplée que de défaites. La femme ne disait rien, elle me promettait l’amour, une infinie tendresse, sans me promettre un le comte de fée, juste de la tendresse, celle que malgré le handicap je pouvais lui redonner, une tendresse qui était dans mes cordes. Dans le rêve, j’étais bien, enfin j’avais trouvé ce qui me convenais, et au réveille, j’ai eu le sentiment d’avoir trouvé la solution d’un problème qui m’avait été posé depuis l’âge de mon adolescence. Je savais enfin dans quelle direction aller chercher cet amour dont le rêve m’assurait qu’il n’était pas encore trop tard pour parvenir jusqu’à lui.
Cette nuit, j’ai rêvé que je nageais dans une mer limpide et en toute simplicité. Alors que je suis handicapé, et que le peu de force dont je suis doté ne suffit pas à me faire flotter. Le rêve était étrange, tellement satisfaisant, tellement normal qu’au réveil, si j’avais eu une piscine près de moi, je n’aurais pas hésiter à me jeter dedans, persuadé que je savais réellement nager. Mais, même si le réveil ne s’est pas fait au bord de l’eau, il a malgré tout été peu conventionnel pour moi, dont le quotidien manque cruellement de diversité. Je me suis réveillé à l’hôtel, non pas dans un lieu de vacances quelconque, mais à quatre kilomètres à peine de chez moi. Nu dans des draps qui n’étaient pas les miens, j’avais à mes côtés une femme aussi vêtue que moi. Elle respirait profondément dans un sommeil pour lequel elle m’offrait toute sa confiance. Sans entrer dans les détails, j’avoue que nous avions partagé des moments d’extrême tendresse, et que même si la femme ne m’avait jamais promis une vie à deux, à chacune de nos nuits, elle me promettait toute la tendresse qui tout au long de l’année me manquait. Je sais que cette femme du même âge que le mien, fait cela aussi pour l’argent que je lui donne, et je n’ai pas honte d’avoir recours à ce genre de pratique. La vie d’une personne handicapée est parfois ainsi faite, de sentiments artificiels, qui n’est autre qu’une simple prothèse de l’amour. J’ai alors constaté que même si malheureusement je n’aurai jamais connu la femme de ma vie, celle qui était ce soir-là dans mon lit, n’était autre que la femme de mes nuits !
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