En vieillissant, qu’apprend-on de notre fonctionnement en ce qui concerne l’amour ? Pas grand chose, j’en ai bien peur. J’ai bientôt quarante ans et inlassablement je me revois plonger dans mes travers, comme l’adolescent que j’ai été il y a presque vingt-cinq ans. Rien à voir avec le handicap, je pense que si je n’avais pas été dans ce fauteuil roulant, je referais d’année en année les mêmes erreurs, peut-être différemment, parce qu’en ce qui concerne l’amour j’aurais été un peu plus en vaine. Nous recherchons tous un idéal qui finit toujours par nous pousser dans le piège. Certaines personnes, parce qu’elles son dotées d’une aura exceptionnelle ou d’une plastique sans reproche, ne tarderont pas à décrocher le gros lot, et se verront dès le plus jeune âge, évoluer dans une vie amoureuse sans reproche. Ils se marieront dans la vingtaine, auront des enfants, qui plus tard leur feront des petits enfants, puis vieilliront, pour les plus chanceux, toujours en couple, sans ne jamais avoir connu la solitude, avec ce sentiment d’avoir réussi leur vie, du moins, d’avoir tout fait pour qu’elle se passe le mieux possible, avec cette satisfaction d’avoir toujours quelqu’un auprès d’eux qui veillera à ce que la solitude ne vienne jamais envahir leur vie.
Lorsque l’on est un peu moins gâté par la nature - je ne parle pas spécialement de handicap, je parle aussi d’atouts physiques ou intellectuels, ou simplement de cette dose de chance qui n’est tout simplement pas égale pour tout le monde - c’est là que les choses se compliquent. Le monde ne paraît soudain pas aussi simple qu’il l’avait été dans nos prédictions les plus modestes, et à force de vouloir réussir, on finit par prendre le mauvais chemin, par se tromper sans en prendre conscience et toujours retomber dans le même piège, celui qui mène irrémédiablement à l’échec, et à cette double souffrance, celle de l’échec et de ce sentiment de toujours revenir au point de départ, et de ne pas avoir évoluer depuis l’âge de ses vingt ans. L’amour, pour ma part, je le vis dans cette logique-là. Je sais que mon handicap est un obstacle conséquent pour mon accès au sentiment. Mais comme tout le monde, parfois, dans un accès de naïveté, je m’accorde le droit de croire au miracle, et dans l’euphorie du moment, lorsque je rencontre celle qui par miracle, renferme comme un trésor, tous les paramètres nécessaires à faire battre mon coeur d’amour, je tire des plans utopiques, réussissant même à oublier ce fauteuil roulant sur lequel je suis toute la journée assis.
Ce billet n’existerait pas, si aujourd’hui je n’étais pas à nouveau en train de me battre contre un sentiment d’amour pour une personne qui est heureuse dans sa vie maritale, mais qui j’en suis plus que convaincu m’aurait été complémentaire. Je ne vais pas raconter toute l’histoire, juste que je me suis accroché à elle dès notre première rencontre, que j’ai tout fais pour évacuer l’idée de l’aimer sachant qu’elle était mariée, et que plus j’essaie de l’oublier, plus je pense à elle, et plus nos chemins se croisent. Comme si une force divine voulait s’acharner à me rendre la vie compliquée. Tout cela pour constater que je retombe toujours dans mes travers, et sans tenir compte du facteur handicap, je m’entête à nouveau à m’amouracher d’une femme mariée, qui de plus est, à l’air heureuse dans sa vie de couple. J’ai le sentiment qu’en ce qui concerne l’amour, je n’ai rien appris de mes expériences passées, et que je suis resté à l’âge de vingt ans, lorsque tout pouvait encore se réaliser comme dans les rêves. Ma seule et maigre consolation, est celle de me persuader, qu’il est difficile de rencontrer une femme célibataire à mon âge, et qu’une femme de quarante ans qui est heureuse dans sa vie, ne peut être qu’attirante !
Commentaires