Que se passe-t-il lorsque l’on croise une personne qui comptait énormément dans notre vie, avec qui on a rompu tous liens depuis quelques années, pour un différent que l’on a pas réussi à régler autrement que de cette façon ? Rien ! La réponse est sans appel, mais elle est bien réelle. Rien, du moins en surface, superficiellement, alors qu’à l’intérieur, un foisonnement de questions, d’idées, de sentiments refoulés durant des années, et de souvenirs dont je ne saurais dire si ils sont bons ou mauvais s’entrechoquent. Des souvenirs qui furent bons pendant des années et qui après ce revirement de situation avaient fatalement viré au cauchemar.
Lorsque j’ai croisé ce regard qui avait été si familier, si réconfortant pendant des années, et qui soudain me faisait le coup de l’indifférence, comme si nous avions tout recommencé à zéro et que nous nous connaissions pas du tout, j’ai repensé à la chanson de ce bon vieux Léo “Avec le temps”, cette chanson dans laquelle il expliquait que tout ce à quoi on voue un admiration sans limite à un certain moment de sa vie, peut vous paraître si lointain de votre vie et de votre manière de penser quelques années plus tard. Cette chanson ou il prend conscience du côté éphémère de tout ce qui construit une vie, et des sentiments que l’on adresse aux autres et que eux-mêmes nous adressent. Cette chanson nous met face à une réalité si déstabilisante, qu’après l’avoir écouter on a du mal à donner un sens à la vie, et à ne pas s'apercevoir que tout ce que l’être humain entreprend dans sa vie, il le fait par pur égoïsme, pour lui-même avant tout. Même le bien, il le fera pour lui, parce que l’acte en question ne pourra lui faire que du bien, et lorsqu’il ne ressentira plus cet effet magique, ce bien-être que la satisfaction de faire du bien lui procure, il se détournera de l’autre, et aussi sec et froidement, arrêtera de faire du bien à son prochain.
C’est ce qui est arrivé avec la propriétaire de ce regard qui aujourd’hui, lorsque je l’ai croisé en ville, m’a toisé si froidement. Avait-elle fait des choses si belles pour moi qui suis dans mon fauteuil roulant depuis la naissance et qui ai si souvent besoin de l’autre, que parfois je m’en culpabilisais, car je savais peut-être qu’un jour je serais susceptible de la décevoir. Alors que de mon côté, je lui avais permis de voyager gratuitement en l’engageant pendant des années comme accompagnatrice, nous avions partagé de si nombreux bons moments que nous avions fini par devenir amis, jusqu’au jour où je n’ai pas été d’accord avec elle sur un sujet que je n’évoquerai pas de peur de passer trois jours à écrire ce billet. Son intolérance et mon inflexibilité qu’elle n’avait jamais connue jusque-là, ont eu raison de notre amitié. Le litige dure depuis trois années, et le fait de l’avoir croisé, j’ai compris que pour elle il durerait encore bien des années. De mon côté, j’étais prêt à renouer des liens avec elle, c’est pour cela je l’avais un peu cherché du regard.
Une fois la scène passée, je n’ai pas eu mal, j’ai simplement constaté que la situation entre nous n’aurait pu évoluée différemment, à moins bien sûr que je me plie à sa façon de penser. Même si j’ai perdu une amie qui comptait énormément pour moi, je reste assez fier de la tournure des événements, cela prouve que quoiqu’il arrive, je veille toujours à ce que l’on garde un certain respect à mon endroit.
Je prends aujourd’hui conscience que le handicap tend certains pièges vicieux à celui qui en est atteint, des pièges qui au départ ressemblent à des cadeaux, comme cette amitié que je pensais possible sans le handicap. Alors qu’à bien y réfléchir, c’est évident que sans le handicap elle n’aurait pas exister, mais ce qui est aussi évident, c’est qu’elle ne m’aurait pas fait souffrir non plus !