J'ai mal, donc j'existe !
La douleur est une preuve de vie. Réflexion que je me suis faite cette semaine, lorsque je me suis rendu dans un centre hospitalier pour paraplégiques et tétraplégiques. Je n’y suis pas allé pour moi, bien qu’étant handicapé mais non paraplégique, je n’y suis pas allé pour rendre visite à un ami non plus. Je me suis trouvé là par un concourt de circonstances, alors que ma voiture avait besoin d’une réparation et que le garage spécialisé dans les transformations pour la conduite avec un handicap se trouve à proximité de l’hôpital en question, l’un dépendant étroitement de l’autre, et ceci réciproquement. Etant donné que la réparation allait prendre un certain temps, et que dans le coin, à part le centre hospitalier, il n’y avait pas grand chose, je me suis dirigé dans la cafétéria de celui-ci, histoire de me remettre du voyage, de me désaltérer et de penser à autre chose.
J’ai alors plongé en apnée dans un monde différent du mien, bien que vivant moi aussi dans un fauteuil roulant, j’avais ceci de différent avec ces gens qui m’entouraient et qui étaient tous aussi assis que moi dans leur fauteuil roulant, d’être né avec le handicap, d’être né avec la douleur, de la ressentir au quotidien, et de n’avoir jamais connu d’autre état que celui que je vis à l’instant. Je peux même me réjouir de n’avoir pas connu mieux auparavant, car ce que j’ai vécu dans mon passé, au niveau de mon handicap et de ma douleur physique peut être qualifié de pire, ayant subi les pires douleurs durant mon enfance, et par la même occasion, la plus plus grande frustration au niveau de mon indépendance. Les gens qui m’entouraient, ce mercredi après-midi - alors que presque toutes ces personnes vivaient avant dans une normalité réconfortante, celle de la personne valide - se sont retrouvés dans mon monde en une fraction de seconde, suite à un accident des plus banals dont le diagnostique n’avait eu aucune pitié. Alors que la pitié ne pouvait m’envahir, pour la simple raison, que je savais que l’on peut se relever de tous les désastres, et que l’être humain à une capacité d’adaptation que l’on ne peut soupçonner. Et puis, malgré leur paralysie, eux gardaient, contrairement à moi, un corps d’une taille raisonnable, cette taille qui immanquablement les rendra plus valide que je ne le serai jamais.
J’ai alors pensé à la douleur, à cette sensation physique qui fait que j’existe, qui concrétise mon handicap et qui me donne une raison de le combattre, de le surpasser, d’en faire ma bataille, sans avoir le temps de m’adonner à la déprime et de me plaindre du sort que l’on m’a jeté dès la naissance. La personne paralysée est confrontée à bons nombres d’inconvénients, qui font de son incapacité de marcher, la partie immergée de l’iceberg, je le sais parce que j’ai des amis qui eux aussi sont paralysés. Mais je pense, le plus terrible pour eux, c’est cette sensation qu’il n’ont plus dans les membres inférieurs et pour les moins chanceux, une partie du tronc ainsi que les membres supérieurs. Je me suis alors fait la réflexion, que d’avoir mal était certainement plus humain que de ne rien sentir, car le fait d’être paralyser à moitié, peut se traduire en une agonie qui aurait à moitié grignoter votre corps. Devant cette état de fait, la douleur physique me paraît presque supportable, devient-elle d’un réconfort troublant !